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Retour à la Belle Époque et ses verriers d'Art en Lorraine

Au tournant du XXe siècle, la France entre dans la Belle Époque, caractérisée par une certaine insouciance, une joie de vivre, accompagnée d'une croissance économique et sociale folle. Cette période a pleinement profité à la verrerie d'Art Lorraine : en quelques années, des artistes de cette région vont révolutionner cet art, pour en faire des symboles et modèles qui subsistent encore à ce jour.

La Lorraine, terre d'accueil des verriers

Vase en cristal de Baccarat, réalisé en 1890-1900, conservé au Victoria & Albert Museum à Londres

Quand on évoque le cristal, une région de France est immanquablement évoquée : la Lorraine. À partir du XVIIe siècle, plus d'une trentaine de verreries s'y établissent. Mais savez-vous pour quelles raisons ?

La première est simple. La Lorraine regorge de matières premières nécessaires à la fabrication du cristal. Rappelons que le cristal est un mélange de silice, de potasse (autrefois issue de la cendre de fougère), et de plomb. C'est l'ajout de plomb au mélange qui permet d'obtenir ce cristal si clair et limpide.

Mais ce sont bien les forêts qui font la principale richesse de Lorraine. Au XVIIe siècle, le bois est majoritairement utilisé par la scierie, c’est le combustible par excellence. On expédie le bois de Lorraine vers les salines de Rosières, qui en font un grand usage. Il est acheminé par flottage le long de la Meurthe, ce qui permet de le rendre propre au chauffage (le bois perdant ainsi une partie de ses sels métalliques).

Malheureusement, l’établissement salin ferme au milieu du XVIIIe siècle. Il faut donc trouver un autre débouché au bois. C'est ainsi que débute l'incroyable histoire de la cristallerie Baccarat. La création d'une verrerie à Baccarat a, en effet, pour but de trouver une fonction à ces immenses forêts, mais aussi de concurrencer les productions de Bohême, qui dominent alors le marché.

La verrerie d'art prend naissance à Nancy, berceau de l'Art nouveau :

Une ville de l'Est s'est particulièrement démarquée dans la qualité de ses créations verrières. Nancy, berceau de l'Art nouveau, a vu naître des artistes de génie comme Émile Gallé, les frères Daum, ou encore la famille Muller.

Comment expliquer l'essor artistique de la ville de Nancy ?

À la suite du traité de Francfort signé en 1871, la France perd une partie des départements de la Meurthe-et-Moselle et des Vosges, ainsi que les deux départements alsaciens, à l'exception de Belfort. Les « territoires perdus », connus sous la dénomination « d'Alsace-Lorraine », passent sous l'autorité de l'Empire Allemand.

Nancy, restée française, devient la porte d'entrée de la France pour les habitants du territoire annexé. Les habitants des territoires annexés désirant rester français doivent « opter », mais sont alors obligés de partir, en abandonnant leurs biens. Les personnes ayant fait ce choix portent le nom « d'optants », terme maintenant presque totalement ignoré du grand public, alors qu'il concerne une proportion importante de la population nancéienne au début du XXe siècle. Ces nouveaux arrivants comptent des artistes, des commerçants et industriels, ainsi qu'une nombreuse main-d'œuvre. Ils deviennent acteurs du développement considérable de la ville et de sa région, lui permettant d'obtenir un rayonnement international qui perdure encore aujourd'hui.

Salle à manger Art nouveau, de l'Ecole de Nancy, créée par Eugène Vallin

Dans les années 1890, un mouvement artistique va révolutionner et bouleverser les arts décoratifs, c'est l'Art nouveau.

Cet art touche tous les domaines de la société. Ce foisonnement de courbes et d'arabesques s'illustre à travers l'architecture, la décoration, la verrerie d'art, mais aussi la réclame. Ce courant artistique évolue en promouvant un idéal social et politique, instaurer un art pour tous, accessible à tous. Il est indissociable de la révolution industrielle et de la production en série, nous allons le voir.

Émile Gallé, le maître incontesté de l'Art nouveau :

Vases Emile Gallé : verre multicouche, gravé à l’acide

Emile Gallé est considéré comme le maître incontesté du verre. Passionné, dès sa tendre enfance, par le monde qui l'entoure, Émile Gallé  produit une œuvre qui n'est pas seulement artistique, mais également scientifique.

Très fin observateur de la nature, la reproduction des insectes et végétaux dans le décor est poussée à l'extrême par l’artiste. Sa fine analyse et ses nombreux croquis le conduisent à comprendre la théorie de l'évolution des espèces.

Fondateur de l'École de Nancy en 1901, ou Alliance Provinciale des industries d'art ; Gallé prône un art accessible à tous. Ainsi, il est important de différencier deux parties  bien distinctes dans sa production : d'un côté, des œuvres de trèes grande qualité, façonnées à la main et en série limitée, de l'autre côté, des œuvres plus commune, de série, répondant au besoin croissant de sa clientèle.

À lire aussi : vrai ou faux vase Gallé ?

La cristallerie Daum, spécialiste de la pâte de verre :

Vases créés par les frères Daum en 1900

Parmi les optants, ayant largement participé à la diffusion de l’Art nouveau, il y a des verriers, dont les frères Daum. Tout commence en 1878 lorsque Jean Daum, notaire originaire de Bicthe, rachète la verrerie Sainte-Catherine.

Au départ, la cristallerie produit essentiellement du verre utilitaire, mais cela change dès l'arrivée d'Antonin Daum, le fils de Jean. Il est chargé du département artistique dès 1891. Fervent admirateur du maître Émile Gallé, Antonin Daum ne tarde pas à s'illustrer.

La maîtrise du verre permet de jouer sur la transparence, de travailler d'infinies variations de couleur. Les décors s’inspirent du monde végétal, mais également animal : libellules, feuilles de ginkgo, ombelles …

L'Exposition Universelle de 1900 récompense Daum d'un Grand Prix et lui apporte une notoriété internationale. Il est le premier à habiller le verre de lumière ...

Aujourd’hui, la cristallerie Daum est toujours en activité, riche de plus de 400 collaborations artistiques. On y travaille la pâte de cristal, utilisant le procédé complexe de la cire perdue. Chaque pièce est unique.

La production est désormais divisée en deux parties : celle de l'atelier Daum, et celle de l'atelier d'art, où les artisans d’art travaillent avec des artistes de renom, comme Victoria Wilmotte et Jacques Villeglé pour la collection automne-hiver 2019.

La famille Muller, les verriers à Lunéville

Vase Muller

La famille Muller est composée de 10 enfants. Cette grande fratrie a su se démarquer et profiter, à sa façon, de son passage chez le maître incontesté de la verrerie, Émile Gallé.

À la suite du traité de Francfort, les Muller s'installent d’abord à Lunéville, puis, en 1894, les trois frères Henri, Désiré et Eugène migrent à Nancy, où ils sont embauchés par Émile Gallé.

Après quelques années de service, les frères Muller dérobent des plaques de dessins et quelques secrets de fabrication au maître Gallé, lui laissant un souvenir amer.

La famille Muller ouvre son propre atelier de décoration à Croismare en 1897. Leurs décors s'inspirent de ceux réalisés par Gallé. Lors de la création de l'École de Nancy, ils sont évincés par Gallé qui ne leur pardonne pas leur geste.

Finalement, en 1919, la famille Muller se réunit à Lunéville où elle fait l’acquisition de la verrerie de Hinzelin. Au plus fort de l'activité, 300 verriers travaillent pour la cristallerie Muller.

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