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Rencontre avec Vianney d'Alançon - Propriétaire du château de La Barben et de la forteresse de Saint-Vidal

Vianney d'Alançon, propriétaire du château de La Barben ©Florence Derouet

Rencontre avec Vianney d'Alançon, entrepreneur passionné et engagé au service du patrimoine. Il nous dévoile son parcours et les valeurs qui l'animent dans ses projets de restauration de la Forteresse Saint-Vidal et du Château de La Barben :

D’où cette passion pour le patrimoine vient-elle ? Quel lieu vous a le plus marqué ?

Comme beaucoup de français, j’ai pour le patrimoine une passion et une émotion assez naturelle : et comment ne pas éprouver une fierté immense en voyant les merveilles architecturales et patrimoniales que notre pays a bâties depuis 2000 ans ?
Mais plus personnellement, j’ai toujours considéré le patrimoine comme un moyen de rassembler et d’élever les individus. Comme à la forteresse de Saint Vidal, c’est ce projet que je propose aujourd’hui au Rocher Mistral.

Des lieux comme Notre-Dame de Paris, Chambord, le Mont Saint-Michel, pour les plus emblématiques, sont l’exemple même de l’attachement des Français pour leur histoire.
Les monuments ont vécu, ils ont traversé l’histoire et je m’interdis aujourd’hui de les voir, comme certains, avec conservatisme, sans leur envisager un avenir radieux. L’histoire et le patrimoine ne sont pas dans le formol, ils sont bien vivants !

Quel est votre parcours ?

J’ai quitté l’école jeune. Sans diplôme, j’ai choisi d’entreprendre. Les métiers d’artisans où l’on façonne, où l’on est relié au réel et au pragmatisme m’ont toujours attiré. J’ai su créer de belles aventures dans les métiers de l’artisanat. Mais c’est en 2016 que j’ai décidé d’entreprendre véritablement au service du patrimoine en faisant l’acquisition de la Forteresse de Saint-Vidal, près du Puy-en-Velay.

Mon aventure patrimoniale est devenue une aventure humaine rassemblant des centaines de bénévoles autour d’un monument âgé de plus de 800 ans.
J’ai alors réalisé à quel point le patrimoine réunissait notre histoire et ses habitants. Le Rocher Mistral, au château de La Barben, est pour moi un moyen de continuer à sauvegarder et valoriser le patrimoine et à rassembler les Français autour de leur histoire.

Comment l’idée de reprendre des châteaux est-elle née ?

Forteresse de Saint-Vidal

Vous savez, il y a dans le patrimoine local quelque chose d’intimement lié à chaque français. Parce qu’un château n’est pas qu’un simple tas de pierres joliment agencé.

Chaque monument dit la terre qui l’a vu naître : de la pierre volcanique du Velay qui compose la Forteresse de Saint-Vidal aux toitures typiquement provençales du Château de La Barben, c’est toute une géographie qui repose dans notre patrimoine.
Cette géographie française, infiniment variée, qui a déterminé la vie de nos ancêtres depuis des siècles et à laquelle les Français sont tant attachés. Pour moi, reprendre des châteaux, sauvegarder et valoriser le patrimoine, c’est offrir un avenir et une continuité à cet héritage multiséculaire.

Les châteaux ont été des lieux de défense qui sont devenus le théâtre des arts et de la renaissance pour devenir des lieux de plaisance. Je crois qu’aujourd’hui, ce sont des lieux d’espérance.

Pourquoi avoir choisi le château de La Barben après celui de Saint-Vidal ?

Je suis particulièrement attaché au patrimoine auvergnat mais aussi à la Provence par ma famille. Il m’importait donc d’orienter mon action de sauvegarde du patrimoine en des lieux où j’ai déjà un certain enracinement. Et, à ce titre, le château de La Barben est emblématique !
C’est le plus vieux château déclaré de Provence : il est mentionné dès 1064 dans le cartulaire des moines de l’Abbaye Saint-Victor ; il a été la propriété du Roi René d’Anjou, de la célèbre famille Forbin, a accueilli Pauline Borghèse, sœur de Napoléon et ses jardins sont attribués à André Le Nôtre, jardinier du Roi à Versailles.
Il trône depuis mille ans au cœur de la Provence et a été le témoin de son histoire : c’est un lieu qui m’a beaucoup touché de par sa beauté et par l’urgence des travaux à réaliser pour sauvegarder et protéger cet ensemble architectural unique.

 

Comment le chantier s’est-il déroulé pour faire du château de La Barben, le Parc du Rocher Mistral ?

Qu’on ne s’y trompe pas, le Rocher Mistral permet la restauration du château de La Barben.
L’état du château impliquait une action urgente : les toitures et les 11 terrasses étaient dans un état pitoyable et l’intérieur du château prenait l’eau de toutes parts. Les délais ont été extrêmement courts pour sauvegarder des éléments de décors sensibles, œuvres de personnalités de forte notoriété dans le monde des arts, telles que Marius Granet.

Nous avons aussi créé les spectacles du Rocher Mistral pour mettre en scène cette fabuleuse histoire dans un lieu d’exception. Le travail effectué par tous les artisans locaux auxquels nous avons fait appel a été formidable et je peux aujourd’hui affirmer, avec une grande fierté, que le château est reparti pour 150 ans !

 Thomas Bricheux, architecte du patrimoine en charge du chantier de restauration du château de la Barben, témoigne de l'état du château avant les travaux

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Comment ce chantier a-t-il été accueilli ?

Château de La Barben

Ce chantier a été globalement très bien accueilli. D’abord par le Ministère de la Culture, le département des Bouches-du-Rhône, la région PACA et les communes alentour : leur soutien a été fondamental pour mener à bien ce projet. Mais le plus important pour moi était d’emmener les Provençaux dans ce projet qui sauve le patrimoine provençal et fait vivre l’histoire de France.

Malheureusement, comme dans tous projets, des réticences émergent. Certaines sont totalement humaines et audibles et mon souhait est d’y répondre au mieux pour que Rocher Mistral soit un lieu d’unité. D’autres, en revanche, ne sont rien d'autres que des réactions idéologiques et souvent peu fondées, il faut le dire.

On me reproche par exemple de mettre l’accent sur la défense du patrimoine et, parallèlement, de dénaturer le château de La Barben : c’est une critique difficilement recevable quand on sait les montants astronomiques qui ont été déboursés pour restaurer les toitures et les terrasses du château ou les prouesses techniques réalisées pour concevoir des décors de spectacles qui ne touchent pas le bâti.

 

Fuites d'eau dans la salle des cuirs du château de la Barben

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Mais je crois que derrière, il y a un désaccord de fond entre une conception bêtement conservatrice du patrimoine, qui n’est évidemment pas la mienne, et une conception résolument tournée vers la transmission. Certains ont pour conception que le patrimoine n’est pas autre chose qu’un vestige mort, qu’il nous faut conserver intact à partir d’une certaine date, fixée arbitrairement. Ma conception, au contraire, est celle d’un patrimoine vivant, non pas immuable, mais qui vit et évolue dans la continuité logique d’un héritage reçu que nous n’avons qu’en dépôt.

C’est d’ailleurs la conception qui a habité les propriétaires du château de La Barben depuis 1000 ans : lorsqu’au XVIIe siècle, la famille Forbin y a entrepris d’importants travaux. C’est encore dans cet état d’esprit que les Forbin ont reconstruit terrasses et tours en 1911 après le terrible tremblement de terre qui supprima une partie du monument. Les Forbin ont fait vivre le patrimoine et c’est cette œuvre que je veux poursuivre au château de La Barben.

Quels sont vos prochains projets ?

Pour l’instant, je viens de terminer la rénovation de la forteresse de Saint Vidal. Je suis aussi bien occupé à rénover et sauvegarder le château de La Barben et à faire vivre la Provence grâce au Rocher Mistral.

Comment peut-on vous soutenir ?

Château de la Barben © Iducrocq

Pour moi le meilleur soutien et la plus grande reconnaissance est de voir les gens passer de bons moments au château de La Barben, au sein du Rocher Mistral, ou à la forteresse de Saint-Vidal. Mais de manière générale, c’est tout le patrimoine français qui a besoin d’être soutenu : de multiples initiatives, associations ou activités se développent dans toute la France autour du patrimoine.

Soutenir le patrimoine, c’est se rassembler autour de lui et non polémiquer derrière son écran. L’engagement pour le patrimoine demande de l’énergie, des bonnes volontés et de relever les manches : soyons nombreux, le patrimoine en a besoin.

 

Réservez votre visite au Rocher Mistral !

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