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La Provence, des paysages modelés par l’eau !

La Provence, région en proie aux caprices de la Durance

Si l’eau est indispensable à la vie, elle peut aussi facilement devenir un fléau si elle est trop abondante. Pendant des siècles, la Provence a subi ces deux calamités par alternance : l’aridité et les inondations.

La sécheresse de la région et ses tourments ont été particulièrement bien illustrés par Marcel Pagnol dans Manon des sources, mais les crues ont marqué également les habitants, notamment avec le célèbre Pont Saint-Bénézet d’Avignon emporté par les flots à de nombreuses reprises.

La Durance, rivière qui irrigue la région, est l’une des plus puissantes rivières torrentielles de France. Principalement alimentée par la fonte des neiges, elle était quasiment à sec en hiver et entrait fréquemment en crues dévastatrices au printemps et au début de l’été.

Selon un dicton local, le Mistral, la Durance et le Parlement d’Aix sont les trois fléaux de la Provence.

Au milieu du XIXe siècle, deux crues majeures, en 1843 et 1856, causent des dégâts terribles et de nombreux morts. La ville d’Avignon, notamment, est ravagée.

Le Pont d'Avignon peint par Isidore Dagnan avant 1847

Les premières tentatives d’aménagement du territoire

Centrale de Sainte-Tulle en 1920

Des aménagements de la Durance sont entrepris dès le XVIe siècle. En 1559, l’un des premiers canaux aménagés de France est creusé dans la plaine de la Crau. Le Canal de Craponne relie la Durance au Rhône et à l’étang de Berre pour apporter l’eau à Arles et Salon-de-Provence.

Dès le début du XXe siècle, des ouvrages hydroélectriques sont construits sur le cours de la Durance par différentes entreprises, c’est la ruée vers la Houille Blanche.

Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, l’idée germe également de dompter les eaux de la Durance par le biais d’un barrage.

L’épopée du barrage de Serre-Ponçon

La Durance. Etude de l'utilisation de ses eaux et de l'amélioration de son régime par la création de barrages - Ivan Wilhelm

Le site stratégique de Serre-Ponçon est étudié. Il est situé à la confluence de la Durance et de son principal affluent : l’Ubaye. Deux rochers implantés de part et d’autre du lit de la rivière forment un rétrécissement idéal pour l’implantation d’un barrage.

Après une étude approfondie des sols, la couche rocheuse se révèle être à plus de 110 mètres sous la couche sédimentaire, rendant impossible l’implantation d’un barrage avec les techniques de l’époque.

En 1909, un ingénieur issu de Polytechnique et des Ponts et Chaussées, Ivan Wilhelm, publie une monographie, La Durance. Etude de l'utilisation de ses eaux et de l'amélioration de son régime par la création de barrages, dans laquelle il expose son projet prouvant que Serre-Ponçon est le meilleur endroit possible pour construire ce barrage.

Il expose également les multiples bénéfices qui découleraient de ce barrage : réguler le débit de la Durance et donc prévenir les crues et les sécheresses pour permettre une irrigation sereine des cultures, mais également produire de l’énergie et fournir de l’eau potable aux habitants de la région.

Cependant, le projet est oublié jusqu’à la fin de la Seconde Guerre Mondiale à cause d’obstacles et de contraintes liés à sa construction.

À l’orée des Trente Glorieuses, la France a un grand besoin d’énergie pour se reconstruire et alimenter les nombreuses industries qui se créent dans le pays.

EDF, créée en 1946, entreprend de très nombreux aménagements du territoire et notamment en Provence. Le projet du barrage de Serre-Ponçon rédigé par Ivan Wilhelm est exhumé alors que les techniques de construction des barrage-poids ont évolué et sont désormais viables. En 1951, année de décès de son plus grand défenseur, l’édification du barrage et d’un canal le long de la Durance est lancée.

Des chantiers d’aménagement pharaoniques

C’est un chantier gigantesque qui débute en 1955. Plus de 3000 ouvriers se côtoient à Serre-Ponçon pour ériger une pyramide de terre et de rochers de 14 millions de m3, l’équivalent de 6 pyramides de Khéops. La base de la pyramide fait plus de 600 mètres de large, soit 2 Tours Eiffel couchées, tandis que 123 mètres plus haut, le sommet de l’ouvrage mesure seulement une dizaine de mètres. Cet ouvrage retient un volume d’eau de 1,2 milliards de m3, ce qui en fait la plus grande retenue d’eau de barrage de France.  

EDF souhaite faire de la centrale hydroélectrique de Serre-Ponçon, une cathédrale électrique. L’entreprise fait appel à Jean de Mailly et Jean Prouvé pour dessiner la centrale et son décor. Pour accueillir les nombreux curieux, un belvédère surplombant le chantier est aménagé dès 1955 et une Maison de l’eau est aménagée en 1970.

Le village de Savines, englouti par les eaux, est reconstruit sur les bords du lac et renommé Savines-le-Lac, il est aujourd’hui porteur du label « Architecture contemporaine remarquable » pour son unité de style.

  • 1955 Emplacement du barrage et du lac de Serre-Ponçon - Louis Sciarli
  • 1957 Chantier salle des machines Serre-Ponçon - Henri Barranger
  • 1957 Creusement de la centrale de Serre-Ponçon - Henri Barranger
  • 1958 Chantier du barrage de Serre-Ponçon - Henri Barranger
  • 1958 Vue aval chantier du barrage de Serre-Ponçon - Henri Barranger
  • 1961 Salle des machines de Serre-Ponçon - Louis Sciarli
  • 1968 - Construction du canal de la Durance - Louis Sciarli
Pont canal de la Durance - Franck Oddoux

De ce barrage découle un deuxième chantier titanesque : le canal de la Durance. Long de 250 km, large de 10 mètres et profond de 8 mètres, il part du pied de Serre-Ponçon et se jette dans l’étang de Berre. Afin de préserver des paysages rares, le canal est creusé dans la montagne, à plusieurs endroits. C’est le cas près d’Oraison où la curiosité des Pénitents des Mées a ainsi été préservée. Un pont-canal est également construit afin de faire passer le canal par-dessus la Durance.

En 20 ans, ce ne sont pas moins de 19 centrales hydroélectriques et 14 barrages qui sont construits sur la Durance et le Verdon, complétant les premiers aménagements érigés avant-guerre.

Sur le Verdon, c’est le barrage de Sainte-Croix qui est érigé. Contentant 760 millions de m3 d’eau, il porte la réserve d’eau de la région à près de 2 milliards de m3, soit près de 25% des réserves d’eau en France.

Une région pionnière dans la gestion de l’eau

Barrage de Cadarache - Alexandre Veyrac

L’ensemble des aménagements de la région : 24 centrales et 16 barrages, fonctionnent en chaîne et sont pilotés à partir d’un même centre de commandement situé au Centre de Conduite Hydraulique, à Sainte-Tulle, dans les Alpes-de-Haute-Provence.

L’eau qui part de Serre-Ponçon est utilisée tout au long de la chaîne de la Durance et alimente donc l’ensemble des centrales de cette chaîne, permettant une hyper optimisation de l’eau.

Cet aménagement, quasi unique au monde, géré par EDF Hydro Méditerranée, est utilisé à de nombreuses fins.

Il s’agit bien sûr de production d’une énergie hydraulique renouvelable permettant de fournir de l’électricité pour plus de 2 millions d’habitants tout au long de l’année, soit 10% de la production hydroélectrique française.

Mais il s’agit également d’irriguer plus de 80 000 hectares de terres agricoles, alimenter plus de 400 entreprises en eau et apporter de l’eau potable à plus de 3 millions de personnes, notamment à Aix-en-Provence et Marseille.

Avant les aménagements réalisés sur le Verdon en 1974, l’eau potable manquait terriblement dans le Var et notamment à Saint-Tropez ou chaque visiteur qui arrivait dans le village se voyait remettre une bouteille d’eau par jour, le débit d’eau courante n’étant pas suffisant pour tout le monde !

Enfin, ces aménagements ont créé des lacs artificiels qui amènent de nombreux visiteurs et touristes, notamment sur les bords des lacs de Serre-Ponçon et Sainte-Croix qui offrent des paysages à couper le souffle ! C’est d’ailleurs le long du Verdon qu’est naît le premier itinéraire touristique publié par le Rotary Club.

Aujourd’hui, le lac de Serre-Ponçon génère 40 % du PIB estival des Alpes-de-Haute-Provence.

Lac de Sainte-Croix sur le Verdon

La centrale de Serre-Ponçon se visite grâce à la Maison de l’eau et des énergies. Pour réserver ou se renseigner contacter le 04 92 54 58 11 ou [email protected].

D’autres centrales hydrauliques EDF situées dans toute la France proposent également des visites découvertes et thématiques.

Retrouvez l’offre de visite EDF, sur la plateforme Visiter EDF.

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