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08/06/2023
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Pirate, corsaire, forban, flibustier… quelle est la différence ?

Pirates, corsaires, flibustiers, forbans… Ces seigneurs de la mer nous fascinent encore avec leur trésors cachés, leurs îles mystérieuses et leur maîtrise inégalée des flots. Leurs histoires tiennent bien souvent du mythe ou de la légende.

Mais, connaissez-vous la différence entre un pirate et un corsaire ? Le forban et le flibustier font-ils la même chose ?

Ces héros, combattants ou redoutables canailles, s’affrontent sans vergogne sur les mers, semant parfois la panique. Partez à la rencontre de ces farouches marins avides d’aventures !

 

Les flibustiers, « les frères de la côte »

Howard Style, Livre des Pirates, 1921

Le terme de flibustier vient des mots anglais, flibutor, freebooter ou filibuster aux origines néerlandaises, signifiant : « faire librement du butin ».

Au XVIIe siècle, les guerres du règne de Louis XIV se propagent jusque dans les colonies, obligeant les gouverneurs des Antilles à nouer des alliances avec la flibuste pour défendre les intérêts économiques des États.

Ces gouverneurs font appel à des flibustiers, le plus souvent d'origine anglaise, aussi appelés corsaires des Antilles, pour mettre fin au monopole du commerce colonial des Espagnols et les Portugais, en vigueur depuis le traité de Tordesillas (1494).

Flibustier et boucanier : quelle différence ?

Combat des frégates françaises la Junon et la Gentille contre le vaisseau anglais Ardent et la frégate anglaise Fox, 17 août 1779, Auguste-Louis de Rossel de Cercy, 1801

De 1650 à 1690, avec l’autorisation officieuse des gouverneurs de province, les flibustiers ravitaillent les colonies dans les Caraïbes et harcèlent l’ennemi. Ils organisent avec d’autres aventuriers, de toutes nationalités et de toutes origines sociales, des expéditions à pied pour attaquer les cités espagnoles des côtes.

Le flibustier agit aux côtés du boucanier dont le nom vient d'une manière de faire cuire la viande. Les boucaniers vivent sur les terres antillaises, désertées par les Espagnols.

Excellents chasseurs, ils maîtrisent parfaitement les armes à feu. Avec le commerce de la viande et des cuirs, les boucaniers s'enrichissent en prêtant main forte aux flibustiers.

Les États mettent finalement fin à leurs agissements, jugés trop perturbants pour les intérêts économiques. Vers la fin du règne de Louis XIV, les flibustiers et les boucaniers se dispersent peu à peu.

 

L’âge d’or de la piraterie

La piraterie existe depuis l’Antiquité. L'origine du mot pirate vient du grec, « peiratès », qui désigne celui qui entreprend ou qui tente fortune. 

Dès le Ier siècle av. J.-C., l’auteur romain Cicéron définit le pirate comme un ennemi du genre humain ; véritable monstre capable de tout et qui doit subir des châtiments avant d'être mis à mort. 

Le pirate commet des vols de navires ou de biens, sur la mer. Le plus souvent, il pille, viole et tue sans distinction de nationalité. 

Cette forme de piraterie atteint son apogée durant la première moitié du XVIIIe siècle, période marquée par les guerres et les attaques en mer.

À la fin de la guerre d’Espagne en 1715, l’amirauté anglaise n’a plus besoin de ses marins. Ces hommes, coupés de leurs revenus, décident de s’emparer de tous les navires qu’ils rencontrent sur leur passage, pour continuer de faire fortune.   

De 1715 à 1730 environ, la piraterie française et britannique dans les Caraïbes, est en plein âge d’or. Le nombre d’actes violents commis par ces hors la loi n’a jamais été aussi élevé.

Se propage alors une culture de la piraterie.

Ces bandits des mers s’organisent en équipages et forment de véritables communautés. Dans les ports et sur les bateaux, des rituels et un vocabulaire spécifique accompagnent le quotidien de ces redoutables marins. En mer, les pirates se saluent à coup de canons.

Pirates, forbans : des hors la loi sur les mers

Le partage du trésor, Howard Pyle, 1905, Wilmington, Delaware Art Museum

Véritable criminel, le pirate agit en solitaire, sans autorisation d’un État. Il croise dans les Antilles, le long des côtes africaines et dans l’océan Indien. 

Période de paix ou de guerre, le pirate ne respecte aucune règle maritime, attaquant même les navires neutres.

Le pirate britannique Edward Teach, dit Barbe Noire, terrorise les mers au début du XVIIIe siècle. Ce surnom vient des mèches de chanvre qu'il ajoutait à sa barbe et qu'il allumait lors des combats. 

Si un pirate est capturé, il est jugé, puis exécuté sur le champ, le plus souvent pendu haut et court.

Selon la légende, un célèbre pirate français, Olivier Levasseur, surnommé La Buse, aurait laissé à sa mort en 1730, un message codé, révélant la cachette de son trésor… On le cherche toujours !

De la même manière que le pirate, le forban est un criminel, agissant pour son propre compte. Ce terme, n’ayant aucune définition juridique, est peu utilisé.

Aujourd'hui, le nom Les Forbans est surtout associé, dans la culture populaire française, à un groupe de rock 'n' roll français des années 1980 !

 

Les corsaires au service de la couronne

Statue de Jean Bart à Dunkerque, David Dangers, 1845

Délivrée par l’amiral de France au nom du roi, la lettre de marque permet au corsaire de pratiquer la course, c'est-à-dire, d’attaquer les ennemis sur une zone bien spécifique, en toute légalité.

Auxiliaire d'un souverain ou d'un État en guerre, ce marin est armé et financé grâce au trésor royal.

Le célèbre corsaire de Dunkerque, Jean Bart, enrichi grâce à ses nombreux faits d’armes, est devenu l’une des plus hautes figures de la marine royale de Louis XIV.

Considéré comme le roi des corsaires, Jean Bart effectue des courses en mer du Nord où il libère notamment durant la bataille du Texel en 1694, un convoi de navires chargés de blé et capturés par les Hollandais. 

Le corsaire dirige des opérations uniquement contre les ennemis déclarés comme tel et doit respecter les navires neutres et alliés.

Si le corsaire est capturé, il doit montrer sa lettre de marque à l’ennemi pour être considéré comme un prisonnier de guerre et éviter ainsi d'être pendu. Ce statut de corsaire lui assure une protection.

Les corsaires français se déploient sur toutes les mers, jusque dans l'océan Indien. Robert Surcouf, audacieux corsaire, s'engage dans plusieurs campagnes sur cet océan lointain, face aux navires britanniques. Il met en place un vaste réseau familial pour dominer ces mers. 

En 1800, avec 150 marins, Surcouf s'empare du Kent, un bâtiment anglais de plus de 400 hommes. Le fameux chant breton, Au 31 du mois d'août, célèbre cette victoire prestigieuse dans le Golfe du Bengale. 

 

Les villes de corsaires

Surnommée la Cité Corsaire, Saint-Malo conserve un riche patrimoine qui raconte cette histoire.

Dans son arrière-pays se dressent encore les Malouinières, prestigieuses résidences des corsaires qui témoignent de l'époque glorieuse de ces fiers marins.

Parmi ces marins de Saint-Malo, René Duguay-Trouin devient l'un des corsaires préférés de Louis XIV. Son courage et sa noblesse sont admirés de tous à Versailles. Il reste célèbre pour les prises de plus de 300 navires marchands et 20 vaisseaux de guerre. 

Dans le Pays basque, Saint-Jean-de-Luz fait écho à la cité malouine. Surnommé le « nid de vipères » par les Anglais, la ville portuaire est aux XVIIe et XVIIIe siècles, un véritable repère de pêcheurs, redoutables marins et corsaires en quête d'aventures. 

Joannis de Suhigaraychipi, dit Coursic, ramène dans le port de Saint-Jean-de-Luz ses nombreuses prises de navires. Avec l'autorisation du Roi Soleil, Coursic défend les côtes du royaume jusqu'en Terre-Neuve où il meurt, alors qu'il protégeait un convoi français de navires de pêche. 


Port de Saint-Jean-de-Luz

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