SIPC 2021 pages

Le château de Saint-Fargeau, le château d'enfance de Jean d'Ormesson

« Un parc immense, les tours, les bosquets, les bancs à l'ombre des tilleuls, les allées entretenues avec soin, les plates-bandes de pensées et de bégonias […] Deux fois par mois, M. Machavoine venait remonter en silence les horloges. Il se glissait dans le billard, dans le petit salon, dans le grand salon, dans la bibliothèque, dans la salle à manger, dans la salle à manger des enfants, dans l'office, dans l'immense cuisine, dans la vingtaine de chambres qui restaient ouvertes toute l'année. Il vérifiait si les pendules, les horloges, les cartels donnaient bien l'heure exacte, et il les remontait. Il m'arrivait de le suivre de pièce en pièce avec une fascination qui m'étonnait moi-même. » Au plaisir de Dieu, Jean d’Ormesson

Le château de Saint-Fargeau est le cadre central du roman Au plaisir de Dieu de Jean d’Ormesson. Cet ouvrage architectural massif, dont les tours ornées de lanternons rappellent Chambord, a triomphé de dix siècles d’histoire en pays bourguignon. Découvrez ce lieu haut en couleurs qui a bercé et inspiré les récits de l’écrivain, foulé et habité par les plus hauts personnages de l’Histoire de France et qui, grâce aux soins experts de la famille Guyot, est parvenu jusqu’à nous. Ses secrets demeurent encore intacts pour notre plus grand plaisir !

Sur les traces du château à la période médiévale

Statue de Jacques Coeur à Bourges © KoS

Les premières traces de ce château remontent à l’année 980, date à laquelle Héribert, évêque d’Auxerre et demi-frère d’Hugues Capet, fait édifier un rendez-vous de chasse fortifié.

Entre le Xe et le XVe siècle, de grandes familles françaises investissent ces lieux, tels que les seigneurs de Toucy. Ithier III de Toucy, son cinquième seigneur, est connu pour être allé en Terre Sainte avec louis VII. Le château devient ensuite propriété des seigneurs de Bar, Jeanne de Toucy épousant Thibaut, comte de Bar.

Par la suite, le château est cédé au grand argentier du roi Charles VII, Jacques Cœur, dont l’histoire mérité d’être contée. Ce marchand français est également négociant, banquier et armateur. Premier français à établir des relations commerciales suivies avec les pays du Levant, il est nommé grand argentier par le roi Charles VII, en 1439. Sa fortune lui permet de participer, au nom du roi, à la reconquête de territoires occupés alors par les Anglais. Sa réussite créant bien des envieux, il fait l’objet d’une disgrâce en 1451. Emprisonné, banni, il meurt loin de la France, à Chios, en Grèce.

En 1453, après la disgrâce de Jacques Cœur, Antoine de Chabannes lance la construction du château que nous connaissons aujourd’hui, pentagonal, flanqué de ses six imposantes tours de briques roses. L’édification repose sur les bases fortifiées antérieures.

       

La Grande Mademoiselle

Anne-Marie-Louise d'Orléans, duchesse de Montpensier, cercle de Charles Beaubrun

En 1652, Anne-Marie Louise d’Orléans, la cousine germaine de Louis XIV, surnommée « la Grande Mademoiselle », est contrainte de s’installer à Saint-Fargeau après avoir été condamnée à l’exil en raison de sa participation aux événements de la Fronde.

Elle entreprend également des travaux, faisant notamment intervenir l’architecte du classicisme français, Louis Le Vau.

Ce dernier va essentiellement œuvrer sur les façades intérieures du château où l’on distingue encore, malgré les destructions révolutionnaires, le monogramme « AMLO ».

L’écrivain Jean d’Ormesson fait l’écho de cette architecture austère dans son ouvrage Un jour je m’en irai sans avoir tout dit.

Le tableau secret de Louis-Michel Lepeletier

Jacques-Louis David, Portrait de Louis-Michel Le Peletier de Saint Fargeau sur son lit de mort ©Musée Carnavalet

En 1713, c’est au tour de la famille Lepeletier d’acquérir le château. En 1752, un incendie le ravage ainsi qu’une partie du bourg.

Un second se déclare un siècle plus tard, détruisant notamment les appartements de la Grande Mademoiselle, sa galerie et la salle des Gardes, la plus vaste de France au moment de sa création.

En 1778, Louis-Michel Lepeletier hérite du domaine. Conventionnel, il vote la mort de Louis XVI et est assassiné la veille de l’exécution du roi, dans un restaurant parisien.

 

Jean d'Ormesson au salon de Radio France en 2011

Cette scène a été peinte par Jacques-Louis David, au même titre que la célèbre mort de Marat !

L’anecdote raconte que l’œuvre fut achetée par la fille unique de Louis-Michel Lepeletier aux hériters de David, sous condition de ne pas la détruire. Selon la légende, elle l’aurait donc cachée dans un mur de la demeure et personne n’a encore été en mesure de la localiser jusqu’à aujourd’hui ! 

Jean d’Ormesson, héritier de la famille Lepeletier, raconte qu’il était alors de tradition dans la famille qu’à chaque génération la mère transmette le lieu de la cachette à sa fille. 

Le secret aurait été perdu avec la mort, pendant l’Occupation, de la grand-mère de l’écrivain, sans que sa fille ait pu être à son chevet…

 

 

Chantier de Guédelon ©wotsa

Une famille sauveurs de châteaux : la famille Guyot

Cette famille de passionnés de châteaux sauve des édifices en péril depuis plus de quarante ans. Parents, enfants, tous prennent part à l’aventure consistant à restaurer les monuments afin de les ouvrir au grand public. Tout commence avec les frères Jacques et Michel Guyot, en 1979…

C’est à cette date que Michel et Jacques Guyot achètent le château de Saint-Fargeau et s’appliquent à travailler à sa restauration grâce à une grande campagne de sauvetage. Les fonds récoltés grâce au spectacle historique de Saint-Fargeau, son et lumière dont Michel Guyot est à l’origine, ont largement contribué à restaurer l’édifice.

Non loin de là, Michel Guyot est également à l’origine du chantier de Guédelon, ouvert en 1997. Ce projet au long cours entreprend de construire, en retrouvant le geste et la technique médiévales, un authentique château fort de l’époque du règne du roi Philippe Auguste (1165 – 1223).            

Du château de Saint-Fargeau au chantier de Guédelon, en passant par les châteaux de Bridoire et Marzac, ces bâtisseurs de rêves se transmettent leur passion du patrimoine de génération en génération, pour que continuent de battre à l’unisson cœurs et pierres !

  Cour du château de Saint-Fargeau dans l'Yonne ©Christophe.Finot

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