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L'épopée de la dentelle du Puy-en-Velay

Répertoriée au patrimoine culturel immatériel français, la dentelle du Puy-en-Velay est, avec la dentelle de Calais et la dentelle d’Alençon, une merveille du savoir-faire couturier.

Tissée de fils de soie crème ou noire, elle se caractérise par la continuité du tracé de son dessin et par des figures géométriques. Mais revenons en pleine Guerre de Cent Ans pour découvrir l’origine de ce point tant admiré.  

 

A l'origine, une légende

Le centre historique du Puy-en-velay

La tradition veut que la dentelle soit née au Puy-en-Velay, sous les mains d’une jeune brodeuse, Isabelle Mamour.
À l’occasion du Grand Jubilé de l’Annonciation en 1407, l’évêque des lieux lui aurait demandé d’orner le manteau de la statue de la Vierge. Voulant composer un ouvrage unique et exceptionnel, Isabelle décide d’entrelacer des fils en navette et d’attacher les navettes avec des épingles, obtenant ainsi un tissu vaporeux, translucide, au motif aérien. 

La réalité historique voudrait plutôt que des marchands et des pèlerins aient apporté ce savoir-faire depuis le Nord de l’Europe jusqu’au Puy-en-Velay, point central du pèlerinage vers Saint-Jacques-de-Compostelle. Quoiqu’il en soit, la situation de carrefour culturel et commercial du Puy a certainement facilité la diffusion de la pratique dentellière au Moyen Âge. 

Le saint patron des dentellières

Autel et statue de St Jean-François Régis, saint patron des dentellières

Le succès de la dentelle ne se fait pas attendre, et bientôt, le point du Puy est commercialisé partout en Europe.
Au XVIIe siècle, on apprécie tellement son raffinement qu’on se couvre littéralement de dentelles : les coiffes, les cols, les manchettes, les jupes et les souliers, rien n’échappe au délicat ouvrage de broderie. Louis XIII décide de sévir devant un tel abus et promulgue quatre édits pour réglementer l’usage de la dentelle, jusqu’à l’interdire sur tout habit en 1639. 

C’est un coup dur pour les dentellières du Puy. Révoltées, elle vont porter leurs doléances auprès du père Jean-François Régis des Plas, qui défend leur cause. À la canonisation du prêtre au XVIIIe siècle, les dentellières le choisissent donc naturellement pour saint patron

Les béates, une communauté unique

Une béate au XIXe siècle

Au XVIIe siècle, une jeune femme très pieuse du nom d'Anne-Marie Martel s’apitoie en remarquant que les dentellières du Velay se consacrent corps et âme à leur art et en délaissent l’éducation de leurs enfants. Elle crée donc en 1665 une sorte de congrégation mi-laïque mi-religieuse, les “Béates”.

Ces femmes qui s’installent dans les villages du Velay ont pour mission de garder les enfants, de former les dentellières et de soutenir le curé dans ses œuvres pastorales. Peu à peu, elles deviennent de véritables pierres d’angle des villages de la région. 

Cible des révolutionnaires, l’activité des Béates est prohibée à la fin du XVIIIe siècle. Cette interdiction, conjuguée à l'arrivée des “leveurs”, sorte d'intermédiaires entre les marchands et les dentellières, qui exploitent ces dernières, les forçant à produire plus au détriment de la qualité, est à l’origine d’une baisse notable de la qualité de la dentelle du Puy, au début du XIXe siècle. 

L'âge d'or de la dentelle du Puy

Des dentellières de la région du Puy

Le XIXe siècle voit un nouveau départ pour les Béates, avec l'ouverture d’un musée de la dentelle et surtout d’une école de dentelle créée en 1838 et gérée par des Béates. Les ateliers prospèrent et le Puy devient un centre névralgique du monde dentellier.
Un syndicat voit le jour, ainsi que plusieurs écoles de dentelle et de dessin. La qualité des dessins est telle que les dentelliers parisiens et normands délocalisent une grande partie de leur production dans le Velay. 

Plus de 120 000 dentellières sont recensées en Haute-Loire et dans les départements avoisinants, ce qui constitue une véritable apogée. Mais, la loi de 1905 interdisant l’enseignement religieux tombe comme un couperet pour la profession, car les Béates doivent cesser leur activité. La quantité de main-d'œuvre et la qualité entament un déclin rapide

Une professionnalisation du métier

Des dentelles du Puy-en-Velay en vitrine

Dans ce contexte de crise, deux députés décident de mettre en place un apprentissage professionnel de la dentelle et ouvrent un premier établissement.
La Première Guerre mondiale bouleverse profondément ces plans : les femmes n’ont plus le temps pour cet ouvrage chronophage, l’État devient avare en aide et la mécanisation des ateliers est propice à l’industrialisation. 

Après la Seconde Guerre mondiale, plusieurs enfants du Velay, comme Johannès Chaleye puis Mick Fouriscot ne peuvent se résoudre à la disparition de la tradition dentellière et se battent pour créer des conservatoires et pérenniser l’apprentissage de la technique dentellière dans les écoles de filles.
C’est ainsi qu’est créé en 1974 le Centre d'Enseignement de la Dentelle au Fuseau, qui promeut l’art de la dentelle et encourage des apprenties à se professionnaliser, proposant des cours, des diplômes et une insertion professionnelle. 

 

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