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Raymond Couvègnes, l’artiste qui décorait les centrales électriques

Si vous avez déjà visité les centrales hydrauliques des bords du Rhin, vous avez certainement remarqué les hauts-reliefs qui ornent les bâtiments. Et pourtant qui aurait pensé que l’art se mêlerait aux turbines et aux réacteurs ? 

Partez avec nous à la rencontre de Raymond Couvègnes, le sculpteur des centrales du Rhin et découvrez le parcours de cet homme étonnant qui a su donner au patrimoine industriel alsacien une dimension artistique et symbolique inédite.

 Centrale hydroélectrique de Fessenheim– Crédit EDF

La genèse d'un artiste

L'Invention de la Corne d'abondance, par Raymond Couvègnes

Né à Ermont, dans les boucles de la Seine, en 1893, Raymond Couvègnes est issu d’une famille à forte tradition industrielle : son père, Émile Couvègnes, est directeur des Chemins de Fer du Nord. Le jeune Raymond développe très vite un goût pour le dessin et se dirige naturellement vers des études artistiques.

C’est ainsi que, dans les années 1920, il fréquente les bancs de l'École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris. Petit à petit, la sculpture devient son domaine de prédilection et, en 1927, à 24 ans, il remporte le premier grand prix de Rome qui récompense son haut-relief représentant L’invention de la corne d’abondance

Commence alors pour Raymond une carrière de sculpteur à travers la France

Un sculpteur pionnier

La Voix du Nord, à Lille, sculptée par Raymond Couvègnes

Le jeune sculpteur est attaché au patrimoine et à la terre du nord de la France. Aussi choisit-il, au sortir de l’école, de s’engager dans la restauration de bâtiments, églises, monuments qui ont subi les affres de la Première Guerre mondiale. Sillonnant le département de la Somme, il redécore de ses sculptures les églises de Roye, d’Athies, d'Arvilliers, ainsi que l’Hôtel de Ville de Montdidier. 

Puis ce sont les commandes qui s’enchaînent : Raymond Couvègnes est sollicité pour réaliser des bustes commémoratifs à l’effigie de personnalités comme Pierre Curie au Palais de la Découverte, Claude Bernard au Collège de France, la reine Astrid de Belgique ou encore Raymond Poincaré à Bar-le-Duc. C’est également lui qui sculpte l’ensemble allégorique devant La Voix du Nord à Lille

Si Raymond Couvègnes connaît ce succès, c’est qu’il a un style bien particulier, qu’il affine au cours des années. Ses sculptures sont généralement de grande taille, faites pour être exposées en plein air et pour interpeller le regard. S’il manie souvent des matériaux canoniques comme le bronze, il choisit aussi de travailler des matières nouvelles, le béton et le ciment, avec lesquelles il se familiarise dans les restaurations de bâtiments. 

Centrale hydroélectrique de Gerstheim – crédit photo SODEL_1978

Un souffle artistique sur les centrales électriques du Rhin

L'Électricité, sculpture à la centrale de Vogelgrün

En 1956, Électricité de France demande à Raymond Couvègnes de réaliser la décoration de plusieurs centrales hydrauliques en Alsace, le long du Rhin. En effet, Couvègnes s’est lié d’amitié avec l’architecte Renaud qui a conçu plusieurs centrales à la frontière franco-allemande. Ce partenariat entre le sculpteur et EDF dure jusqu’en 1973 et fait naître des œuvres nouvelles, modernes et pleines de sens. 

Travailler à l’embellissement de ces bâtiments industriels est l’occasion pour Couvègnes de donner pleinement vie à ce style qui lui est si particulier : la sculpture incarnée, proche des gens, qui sublime les rudes bâtiments des centrales hydrauliques.

Il utilise pour ce faire la technique du haut-relief qui donne à ses frises et frontons un impressionnant aspect de trois dimensions. Son expérience du moulage sur ciment, béton et bronze s’avère très précieuse et sa technique se perfectionne.  

La centrale de Marckolsheim et son haut-relief Le Loup

Le visiteur qui lève les yeux vers les hauts-reliefs des centrales hydroélectriques de Fessenheim, Vogelgrün ou Gerstheim remarque des similitudes frappantes avec les frontons des temples antiques. En effet, Couvègnes sculpte souvent des allégories et des personnages symboliques comme Le Rhin, L'Électricité ou encore Le Feu. 

Toutefois, sa particularité est de prendre comme modèles des personnes de son entourage afin d’ancrer ses sculptures dans le réel. Il lui arrive également de faire vivre les légendes locales comme avec Le Loup de Marckolsheim ou de représenter des métiers liés à l’électricité

 

Centrale hydroélectrique de Gambsheim – crédit photo EDF

La volonté de Raymond Couvègnes est vraiment de toucher le spectateur en créant un lien invisible et affectif avec ce patrimoine industriel du Rhin dont les centrales de Strasbourg, Rhinau, et Gambsheim. Loin de faire des sculptures purement décoratives, il humanise ces bâtiments et chercher à graver dans le ciment l’âme vibrante de tous ceux qui y ont travaillé

En parallèle de son travail auprès d’EDF, Raymond Couvègnes fonde une école des Beaux-Arts à Boulogne-Billancourt, ville où sont exposées beaucoup de ses sculptures. Il s’éteint à Paris en 1985, laissant derrière lui une œuvre riche et originale. 

Centrale hydroélectrique de Rhinau – crédit photo EDF

Sources : Gladys Couvègnes interviewée par Michel Charbonnier 

 

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    Patrivia