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La centrale de Kembs

A l'occasion des Journées nationales de l'architecture, nous vous invitons à découvrir un patrimoine industriel insolite d’Alsace : la centrale hydroélectrique art déco de Kembs, inaugurée en 1932.

 

Le Rhin, un enjeu européen

Pour comprendre le projet de la Centrale de Kembs, il faut revenir un instant sur l'Histoire de l'aménagement du Rhin.

Depuis l’Antiquité, le fleuve est au cœur des échanges entre empires, royaumes et nations. Souvent frontière naturelle, la zone est stratégique, mais rarement sous le contrôle d’une seule et même gouvernance.

Ainsi la vallée du Rhin reste très marécageuse jusqu’à la fin du XVIIIe siècle lorsqu’apparaissent les premiers grands projets d’aménagement. Il est alors de plus en plus nécessaire d’assainir cette zone porteuse de fièvres et de faciliter la navigation entre la Suisse et la Mer du Nord.

Les premiers projets de Kembs

Détail du projet de 1910 - Source : musée Electropolis de Mulhouse

Les travaux de la fin du XIIIe et tout au long du XIXe siècle vont progressivement réguler le débit du Rhin.
Cela permet, entre autres, d’envisager dès le milieu du XIXe les premiers projets hydroélectriques.

En particulier, l’ingénieur René Koechlin porte l’ambition, dès 1893, de créer un aménagement du Rhin et une centrale hydraulique à Kembs pour fournir en électricité la région.

Il s’inspire alors d’un autre projet colossal, celui du canal de Jonage et de la centrale de Cusset près de Lyon.

Les premiers plans sont déposés en 1910. Ils sont aujourd’hui conservés au musée Electropolis à Mulhouse.

Les architectes allemands ont alors choisi un style médiéval « idéalisé » pour la centrale, proche de celui du château du Haut-Kœnigsbourg.

Prévue pour 1916, cette centrale ne verra jamais le jour, la Première Guerre Mondiale stoppant net le projet.

 

La France, le Rhin et Kembs

Le Traité de Versailles du 28 juin 1919 est un moment marquant de l’Histoire du Rhin. En effet, le traité donne à la France le contrôle de la totalité du fleuve sur ces frontières :

« La France aura, sur tout le cours du Rhin compris entre les points limites de ses frontières :
a) le droit de prélever l'eau sur le débit du Rhin, pour l'alimentation des canaux de navigation et d'irrigation construits ou à construire, ou pour tout autre but, ainsi que d'exécuter sur la rive allemande tous les travaux nécessaires pour l'exercice de ce droit ;

b) le droit exclusif à l'énergie produite par l'aménagement du fleuve… »

Le projet de centrale à Kembs, toujours porté par René Koechlin, fût alors remis au goût du jour, cette fois comme projet national français. Il faudra cependant encore 10 ans pour que les travaux débutent enfin. Le chantier qui comprend le percement d’un canal et la construction de l’usine, est le plus important d’Europe à cette époque. 

Le 9 octobre 1932, la centrale est finalement inaugurée en grandes pompes par le président de la République Albert Lebrun et le président du conseil Edouard Herriot. L’événement est d’importance dans une Europe en pleine crise économique.

« M. Albert Lebrun et M. Edouard Herriot magnifient devant les ouvrages de Kembs la ténacité alsacienne et le génie français » (Le quotidien du lundi, 10 octobre 1932).

  • Construction de l'usine de Kembs © Maison du patrimoine de Kembs
  • Construction de l'usine de Kembs © Maison du patrimoine de Kembs
  • Pochette de cartes postales anciennes © Maison du patrimoine de Kembs
  • Ecluse de Kembs-Loechlé © Maison du patrimoine de Kembs
  • Vue de l'usine de Kembs-Loechlé © Maison du patrimoine de Kembs
  • Le Président de la République et le 1er ministre lors de l'inauguration du site en 1932 © Maison du patrimoine de Kembs
  • Couvertures de magazines en 1932.

Une centrale Art Déco

Au-delà de son histoire mouvementée, la centrale de Kembs est admirable par son architecture typique de l’entre-deux guerres et qui lui a valu de recevoir le label « Architecture contemporaine remarquable » (ancien « Patrimoine du XXe siècle).

Si l’on ne peut manquer de citer la façade monumentale art déco qui garde majestueusement le canal et le fleuve, les amoureux d’architecture avisés ne rateront pas non plus les intérieurs de la centrale.
Salle des machines, escaliers, ancienne salle des commandes… le lieu recèle de détails art déco jusqu’à du mobilier en bois encore conservé sur le site.
 

  • La centrale de Kembs dans les années 30.
  • Centrale Hydroélectrique de Kembs © EDF - Xavier Popy
  • Salle des machines de la centrale Hydroélectrique de Kembs © EDF - Xavier Popy
  • Escalier de la centrale Hydroélectrique de Kembs © EDF - Xavier Popy
  • Détail de la centrale Hydroélectrique de Kembs © EDF - Xavier Popy
  • Centrale Hydroélectrique de Kembs © EDF - Xavier Popy

Kembs, enjeu de la Seconde Guerre Mondiale

L’Histoire de la centrale de Kembs ne s’arrête pas dans les années 30. Sa position stratégique, évoquée au début de cet article, et son importance industrielle en font un enjeu incontournable dans le conflit de 39-45.
Ainsi, les français sabotent la centrale en 1940 pour contrer l’armée allemande. Ceux-ci procèdent à des travaux pour relancer le site. En 1944, les alliés bombardent Kembs pour affaiblir définitivement l’ennemi et sécuriser l’avancée en Allemagne.

La guerre terminée, un chantier de remise en service est tout de suite entrepris, accéléré par la naissance d’EDF en 1946. Les travaux ne seront achevés qu’en 1949.

Le film suivant montre l’ampleur des dégâts à la fin de la guerre :

 

La centrale hydroélectrique de Kembs est aujourd’hui la propriété d’EDF qui continue ses aménagements sur le Rhin.

En particulier, EDF développe des programmes de sauvegarde de la faune et la flore locale du Rhin. Outre des passes à poissons innovantes, l’entreprise procède, depuis plusieurs années, à la renaturation écologique du site.

La centrale se visite sur réservation et pendant les journées du patrimoine.
Pour découvrir tout le programme, rendez-vous sur le site d'EDF en suivant ce lien et pour découvrir tous les sites patrimoniaux d'EDF, découvrez Odyss Elec.  

Source : Kembs, un lieu de mémoire européen par Yves Bouvier.

Source de certaines photos : maison du patrimoine de Kembs

 

Kembs aujourd'hui

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