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La roue tourne : du moulin à sang au moulin à vent

Lorsque nous entendons le mot moulin, chacun d’entre nous pense immédiatement à une petite bâtisse et sa roue à eau dans un fond de vallée, ou bien encore, à un chevalier espagnol, légèrement dérangé, chargeant des moulins à vent sur son destrier. Mais savez-vous qu’il existe bien d’autres types de moulins ?

Aujourd’hui, le moulin n’est plus qu’un élément pittoresque dans le paysage de nos campagnes, mais il a occupé, pendant longtemps, une place centrale au sein des communautés humaines. Son histoire est étroitement liée aux variations des besoins alimentaires et aux évolutions socio-économiques des sociétés qui l’ont utilisé.

Le moulin à sang

Moulin à sang et sa meule verticale

L’apparition du moulin va de pair avec la sédentarisation de l'homme et le développement d’agglomérations d’importance. Il permet alors de palier aux besoins alimentaires croissants et vient remplacer le pilonnage du grain à la main.

Il est très difficile de dater cette évolution, mais il est attesté qu’à l’époque gréco-romaine, la transition est achevée. Le premier moulin apparait alors.

Communément appelé moulin à sang, ce mécanisme emploie la force animale, ou humaine, pour broyer les grains. D'une plus grande efficacité que le pilonnage, ce système permet également d’augmenter la productivité en démultipliant l’énergie.

Ce type d'installation se présente sous la forme d’un manège, au centre duquel, se trouve une paire de meules montée sur un pivot.

Les archéologues ont retrouvé certaines de ces machines rudimentaires sur les sites d’Ostie ou de Pompéi. En France, les seules encore conservées datent des XIXe et XXe siècles. Elles étaient alors utilisées pour le pressage des fruits.

Le moulin à eau

Détail d'une enluminure montrant un moulin à nef

Dans l’ombre du moulin à sang qui nécessite de faibles moyens, se développe un système plus complexe, appelé à prendre un très grand essor. Au Ier siècle avant notre ère, Vitruve, un architecte romain, décrit le fonctionnement d’un moulin dont les meules sont mises en mouvement par la force de l’eau. Et là encore, les évolutions sont longues et nombreuses. Le mécanisme décrit par Vitruve n’est pas doté d’une roue verticale, mais horizontale.

Il faut attendre la fin du IXe siècle pour voir apparaître les premiers moulins à eau tels que nous les connaissons aujourd’hui. Ce Moyen Âge central est la période de l’apogée du « machinisme médiéval ». Le potentiel énergétique des cours d’eau européens est alors partout exploité et les rivières de France se couvrent de moulins. La propagation de cet outil va de pair avec une croissance démographique telle que la France n’en a jamais connu. En 1300, ce sont plus de 20 millions de personnes qui vivent sur le territoire national actuel !

De par sa forte capacité productive, le moulin à eau est l’un des catalyseurs de cette explosion démographique. On comprend alors bien mieux les fortes pressions gravitant autour de la propriété de ces machines. Entre le XIe et XIIe siècle, le moulin passe donc du statut d’outil communautaire, à celui de privilège seigneurial. Mais il peut être tout aussi bien la propriété d’une communauté religieuse, d’un bourgeois ou encore d’un paysan, et parfois, des trois à la fois.

La Peste Noire ralentit très fortement cette activité meunière qui ne retrouve son essor qu’au moment des Révolutions industrielles du XIXe siècle. En 1809, on compte 82 300 moulins à eau France.

Le moulin à vent

Détail d'une enluminure montrant un moulin à vent au XIIIe siècle

C’est dans le contexte de la croissance démographique médiévale, que le moulin à vent fait son apparition. Les sources tendent à montrer que les premiers sont apparus en Normandie vers la fin du XIIe siècle.

Le moulin à vent n’existe que dans les régions dépourvues de rivières suffisamment puissantes pour alimenter une roue à eau. Malgré ces critères restrictifs, on en dénombre 15 857 en 1809.

Le moulin à marée

Le moulin à marée de Birlot

Le moulin à marée est toujours implanté en amont des estuaires, où il exploite la force des flux et reflux de la mer.

Il est constitué d’une digue comportant des vannes à sens unique. La digue isole une petite baie appropriée, ou une partie de l’estuaire, afin de former derrière elle un bassin de retenue. À marée basse, la vanne est ouverte, laissant s’échapper l’eau accumulée lors de la marée haute, tout en actionnant la roue du moulin.

Ce type de moulin est minoritaire. Il est très peu présent dans les archives. Il est très difficile de connaître la période de son apparition qui se situerait entre la fin de l’Antiquité et le XIIe siècle.

Jusqu’à la fin du Premier Empire, tous ces moulins restent, à leurs échelles, d’une extrême importance en France. De façon relativement surprenante, les Révolutions industrielles du XIXe siècle n’ont que peu changé cet état de fait.

Tout au long du XIXe siècle, on voit les moulins à eau évoluer et se transformer au rythme des innovations. Certains conservent l’eau comme source d’énergie, tandis que d’autres lui préfèrent la vapeur. Au début du XXe siècle, l’ère de la minoterie s’achève face à la concurrence des grands moulins industriels.

 

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