Le patrimoine français au secours du Louvre


Si nous avons toujours plaisir à lire l'agréable rictus sur les lèvres de la Joconde, à laisser la contemplation céder à la timidité face à l'altière Victoire de Samothrace, à entretenir la douce frustration de ne jamais croiser le regard de l'impavide Vénus de Milo, c'est grâce à une organisation minutieuse, au dévouement d'hommes et de femmes, conservateurs et gardiens du Louvre, à un directeur des Musées Nationaux diplomate et fin stratège, à un Comte allemand amateur d’art, qui ont sous la seconde guerre mondiale œuvré pour les œuvres, œuvré pour la protection de ce patrimoine unique et d’exception.


La façade Renaissance de la cour carrée du Palais du Louvre

Un exode orchestré :

Décembre 1932 : L'Allemagne d'Hitler gagne du terrain. Le Parti Nazi tant redouté par ses voisins européens vient de remporter les élections législatives. 
C'est le signal de départ d'un long et méticuleux plan de protection des œuvres du Louvre en cas de conflit, préconisé par Henri Verne, alors Directeur des Musées Nationaux.
Une liste de chefs d'œuvres est dressée par ordre d'importance, la direction du Louvre commence une prospection de lieux susceptibles d'abriter les fleurons artistiques de l'Etat et se munit du matériel nécessaire à l'opération. 

En 1936, alors que l'Espagne plonge dans le chaos d'une guerre civile sanguinaire, les équipes du Louvre, alors appelées à l'aide pour l'évacuation du Musée du Prado, vont mettre à profit leur stratégie pour tester le prototype logistique du déménagement prochain et sans précèdent que le Louvre va connaître.

Pendant la guerre

L'année 1938 voit la démocratie reculer face à l'Allemagne Nazie qui annexe l'Autriche et envahit la Tchécoslovaquie. 
La locomotive des idéaux xénophobes est en marche.
Un fer de lance pour Henri Verne et son Sous-Directeur Jacques Jaujard qui anticipent l'invasion, et par-dessus tout, les raids aériens sur le Louvre, véritable nœud névralgique de la capitale française.


Jacques Jaujard

Durant le mois de septembre 1939, le personnel du Louvre est réquisitionné et rappelé par télégramme à revenir d'urgence, pour s'afférer à constituer un convoi de départ des oeuvres.
L'opération est colossale, appuyée par le personnel des grands magasins de la Samaritaine, et les camions de décors de la Comédie-Française venus prêter main forte.


Évacuation de la Grande Galerie du Louvre

Peintures, sculptures, mobilier, bijoux, antiques sont, à partir des listes constituées en 1932, triés par pastilles (3 rouges pour les œuvres majeures, 2 rouges pour les œuvres importantes et 1 verte pour les dernières évacuations). 
Cordes, caisses, poulies, tout a été pensé pour que l'opération aboutisse dès le 28 septembre au départ des premiers convois dans cette France fébrile et apeurée. 

La Joconde en tête, accompagnée par les joyaux de la couronne ou le portrait de Baldassare Castiglione de Raphael empruntent les routes pour rejoindre Chambord, lieu de concentration des œuvres avant répartition.


Mise en caisse de la Femme à la Perle de Camille Corot

Parfois, l'imprévu entrave l'exode, comme pour le transport du volumineux tableau du Radeau de la Méduse de Théodore Géricault, dont le camion heurta les fils du tramway de Versailles, plongeant ainsi la ville dans le noir pour quelques heures.
"Il n'y aura pas de détériorations des œuvres durant cette époque. Bien au contraire, une grande campagne de restauration et de conservation va se poursuivre pendant la guerre" souligne Guillaume FONKENELL, ancien conservateur chargé de l'histoire du Louvre. 

Car si les chefs-d’œuvres quittent le prestigieux et douillet Palais du Louvre, conservateurs et personnels de sécurité ou d’entretien accompagnent le pèlerinage des « belles exilées ». Connaissant parfois des conditions précaires, cet épisode aura toutefois permis aux experts de s'occuper à temps plein des œuvres dont ils étaient désormais les garants, et de leur prodiguer les soins nécessaires. 

La diplomatie au service de l’art

C’est ainsi que durant quatre mois, des cortèges entiers d’œuvres partiront pour l’exil, laissant le Louvre peu à peu orphelin de ses trésors.

Le 14 juin 1940 les Allemands investissent la capitale ; progressivement l’establishment allemand prend le contrôle des institutions françaises, soumettant ainsi la patrie aux dictats nazis. L’art, véritable outil de la politique d’Hitler et de l’expression de ses idéaux, ne déroge pas au processus.

Le Comte Franz Wolff Metternich, nommé par le IIIème Reich à la charge du Kunstschutz (bureau de protection des œuvres d’art), jouera avec Jacques Jaujard, devenu Directeur des Musées Nationaux, un rôle déterminant dans la protection des œuvres d’art de la France.


Le Comte Franz Wolff Metternich

Metternich, issu de l’armée Allemande, détenait la liste des lieux qui abritaient les œuvres exilées et se préoccupait personnellement de leur maintien et de leur conservation. Pas question de piller ni même de rapatrier les joyaux de la République en Allemagne, même si le gouvernement de Vichy  en la personne d’Abel Bonnard, avait un temps cédé aux demandes de hauts dignitaires Allemands en envoyant la Diane de Boucher à l’ennemi.

Les œuvres du Louvre seront déménagées à plusieurs reprises, d’abord à l’Abbaye de Loc-Dieu en Aveyron, puis au Musée Ingres de Montauban et dispersées dans quelques châteaux du Lot en zone libre. Chaque mouvement nécessitait l’approbation par Metternich, qui signait les bons d’essence et l’autorisation des transports.


Dévoilement de la Joconde au Louvre en 1945, après son séjour au château de Montal dans le Lot

La protection des œuvres du Louvre sera ainsi l’unique point de convergence des politiques françaises et allemandes lors de l’occupation.

A l’aube de la Libération, la crainte des bombardements des alliés américains et anglais relance les manœuvres diplomatiques. Jaujard communique aux alliés les lieux de stockage des œuvres, dont la B.B.C accusa réception avec le célèbre message « La Joconde a le sourire ».

Enfin libéré de l’ennemi le 25 août 1944, le Louvre ne retrouvera l’ensemble de ses collections dispersées qu’une année après la fin de la guerre.


Ré-installation de la Victoire de Samothrace en 1945

Si les trésors du Louvre sortirent quasiment indemnes de cet épisode, ce ne fut malheureusement pas le cas de collections d’art privé des Juifs, qui ont subi de nombreux pillages et spoliations.

 

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