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Aux sources des villes d'eaux

Les origines du thermalisme remontent à l'époque romaine. Si cette pratique semble moins répandue au Moyen Âge et à l'époque Moderne, elle connaît un nouveau printemps au XIXe siècle, période à laquelle "prendre les eaux" devient une véritable mode.
Au XXe siècle, l'entre-deux-guerres est également une période faste pour le thermalisme.
Cet engouement des élites pour les stations thermales engendre la construction de nombreux bâtiments rivalisant de beauté, de modernité et d'originalité pour les accueillir et les divertir.
Ces établissements forment aujourd'hui les joyaux patrimoniaux des villes d'eaux. Nous vous proposons de découvrir quelques-uns de ces trésors...

Bagnoles-de-l’Orne (Orne)

La cité thermale de Bagnoles-de-l’Orne a été fondée, selon la légende, suite à la guérison miraculeuse du cheval du Seigneur de Tessé.
Alors que le valeureux chevalier revient de croisade, il décide de laisser son fidèle destrier, agonisant, dans la forêt d’Andaine. Quelle n’est pas sa surprise lorsque, le lendemain, il voit son cheval revenir, fringant, aux écuries.
La bête, peu rancunière mais un peu facétieuse, le mène à la source d’eau miraculeuse et le précipite dans l’eau. Retrouvant toutes les facultés de sa prime jeunesse, le seigneur décide de fonder à cet endroit un hôpital et une chapelle pour les malades et les pauvres.

C’est n'est pourtant qu'à la Belle Époque que la ville prend son essor, grâce à l’arrivée du chemin de fer et l’engouement grandissant pour les cures. Tout un quartier est alors construit dans un magnifique style Belle Époque, mâtiné d’une esthétique anglo-normande régionale. Ces villas, construites par la société privée « La Foncière de France », font encore aujourd’hui la renommée de la ville.


Villa du quartier Belle Époque de Bagnoles-de-l'Orne

La cité thermale recouvre une deuxième jeunesse après la Première Guerre Mondiale. Ce sont les bâtiments Art Déco qui fleurissent alors dans la ville. Le Grand Hôtel et le Casino du  Lac en sont les plus beaux exemples.
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Casino Art Déco de Bagnoles-de-L'Orne

Bourbon-l’Archambault (Allier)

L’histoire de la ville est intimement liée à celle de ses thermes. Son nom vient de Borvo, dieu gaulois guérisseur, associé à l'eau, auquel les Romains avaient dédié les eaux de la cité. Ses thermes sont donc reconnus depuis l’Antiquité et fonctionnent constamment jusqu’à nos jours. De nombreuses personnalités prestigieuses ont pris les eaux dans cette ville sur les recommandations des médecins d’Henri IV, Louis XIII et Louis XIV, qui en ont forgé la renommée.

Au XVIIe siècle, la station thermale accueille ainsi la princesse de Conti, le poète Boileau, l’épistolière Madame de Sévigné ou encore la favorite Madame de Montespan qui y décède, en 1707, et dont les allées plantées en amphithéâtre portent encore le nom.


Portrait présumé de Madame de Montespan par Pierre Mignard

Après la période troublée de la Révolution, Talleyrand remet la destination à la mode, elle le reste jusqu’au XXe siècle avec les séjours du musicien Camille Saint-Saëns ou du politique Paul Doumer.

Les superbes thermes, encore en fonction aujourd’hui, ont été construits de 1881 à 1885 par l’architecte du gouvernement Charles Le Cœur. L’imposante façade néo-classique de 64 mètres de long ne laisse pas augurer des splendides décors intérieurs en céramique inspirés par l’Orient, l’Extrême Orient et l’art classique. Ils s’inscrivent dans le courant de l’Art Nouveau dont ce sont les prémices à cette période.
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Intérieur des Thermes de Bourbon l'Archambault

Dax (Landes)

La légende de la découverte des vertus des eaux et des boues de Dax est très proche de celle de Bagnoles-de-l'Orne.

Nous sommes cette fois à l'époque romaine. Un centurion en garnison dans la ville décide de noyer son chien perclus de rhumatisme dans l'Adour, alors qu’il doit lui-même partir en campagne...  Mais à son retour, le chien, guéri par les boues de la rivière, le retrouve en pleine forme !
La rumeur se répand jusqu'à Rome et Julia Augusta, fille de l'empereur Auguste, vient prendre les eaux dans cette ville. Le succès est lancé et ne se dément pas, puisqu'elle est toujours la première destination thermale de France.

Carrefour commercial, la ville prospère et l’activité thermale est à nouveau attestée dès le Moyen Âge. Le symbole de cette spécialité est érigé, à l’emplacement des anciens thermes romains, au début du XIXe siècle. Il s’agit de la Fontaine Chaude, construite autour de la source Nèhe, qui jaillit à 64°C.


Fontaine Chaude à Dax

Après la 1ère Guerre Mondiale, la ville se modernise comme en témoignent le superbe ensemble architectural Art Déco composé de l'Hôtel Splendide, du Casino et du théâtre Atrium, tous classés monuments historiques.
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Arrière de l'Hôtel Splendide et ancien Casino de Dax

Évaux-les-bains (Creuse)

Seule station thermale de la Creuse, la ville d’Évaux-les-bains est connue dès l’époque Romaine pour ses sources chaudes qui jaillissent à plus de 60°C. Les thermes antiques étaient très imposants, encastrés dans les falaises. La galerie couverte menant des thermes au forum était longue de 600 mètres.
Il subsiste de ces thermes romains un bassin circulaire découvert en 1833. Il sert encore aujourd’hui à cultiver une algue aidant la cicatrisation de  la peau.


Bassin datant de l'époque romaine à Évaux-les-bains

Les thermes actuels, situés dans l’enceinte du Grand Hôtel, ont été construits en partie entre 1838 et 1847, puis l’aile Nord a été ajoutée en 1900. Cette partie de l’établissement a une architecture inspirée par le courant Belle Époque avec ses décors de briques blanches et rouges et ses frises de céramiques. Une grosse tour ronde fait la transition entre les deux ailes, donnant à l’hôtel une allure tout à fait remarquable.
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Grand Hôtel d'Évaux-les-Bains

Evian-les-bains (Haute Savoie)

Située sur les bords du lac Léman, au cœur des Alpes, la ville offre un panorama spectaculaire qui va favoriser le développement de son activité thermale. Alors que la ville ne porte que le nom d’Évian jusqu’en 1865, il y accolera « les-Bains », à partir de 1865 afin d’insister sur cette vocation. 

En effet, c’est au XIXe siècle que les sources de la ville sont reconnues comme bénéfiques pour la santé. La toute première source reconnue et exploitée est la source Cachat. C’est à cet emplacement que sont fondés les premiers thermes de la ville en 1826.
La buvette de Cachat actuelle a été achevée en 1903 par Jean-Albert Hébrard, qui a également construit l’hôtel Royal et le Casino où sont passés entre autres, Marcel Proust, Anna de Noailles, Frédéric Mistral ou encore l’Aga Khan III…


Toits de la buvette Cachat à Évian-les-Bains

Mais le bâtiment emblématique de la station thermale est certainement le Palais Lumière qui doit son nom aux célèbres frères qui ont vécu à proximité. Il s’agit en fait des anciens thermes de la ville.
Ce bâtiment magistral a été construit au tout début du XXe siècle, intégralement couvert d’une verrière, coiffé d’un dôme, qui rappelle celle du Grand Palais à Paris, sa composition symétrique permettait de séparer les bains des hommes de ceux des femmes.
Abandonnés dans les années 1980, les lieux ont aujourd’hui été réhabilités en Centre des Congrès, espace culturel et médiathèque.
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Palais Lumière à Évian-les-Bains

La Bourboule (Puy-de-Dôme)

Comme à Bourbon-l'Archambault, la ville tirerait, elle aussi, son nom du dieu Borvo. Connues depuis le Moyen Âge, les eaux de la Bourboule sont exploitées à partir du XIXe siècle.

Lorsque la médecine déclare que les eaux de la station thermale sont réellement bénéfiques pour l’organisme, une course débute entre deux familles pour en tirer les bénéfices…
C’est ainsi que sont édifiés deux établissements de thermes et deux casinos !

Les premiers thermes, appelés Thermes de Choussy sont construits, en 1821, sur l’ancien hospice dont ils gardent quelques éléments architecturaux. Aujourd’hui une aile plus moderne, ajoutée par Le Corbusier en 1964, est accolée à cet établissement.

Les Grands Thermes élevés en 1872 pour la Compagnie des Eaux Minérales de la Bourboule sont d’inspirations néo-byzantines avec la coupole et ses pavillons aux pignons ajourés, insolites au milieu des monts d’Auvergne.


Grands Thermes de La Bourboule

Afin de divertir les curistes, un premier casino est érigé en 1891. C'est une commande de la Compagnie des Eaux Minérales de la Bourboule, de facture assez classique. Il est rapidement transformé en mairie, fonction qu’il a toujours aujourd’hui.


Casino de la mairie de Bourboule

À partir de 1892 est construit le casino Chardon, toujours ouvert aujourd’hui, il reste de cette période les stucs de la salle de jeu, inspirés du style du XVIIIe siècle. Mais la décoration intérieure est largement revue dans un superbe style Art Déco, en 1928, comme en témoigne en particulier le hall couvert par deux fausses coupoles.


Coupole du casino Chardon de La Bourboule

L'âge d’or de la station se situe dans l’entre-deux-guerres  avec la venue de star comme Buster Keaton, Sacha Guitry, le roi Faruk ou encore la reine de Roumanie…
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Casino Chardon de La Bourboule
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