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20/09/2023
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Les résistances en Bourgogne-Franche-Comté

Région frontalière, au cœur des conflits qui ont émaillé la France et l’Europe au fil des siècles, la Bourgogne-Franche-Comté raconte son histoire au travers des édifices monumentaux qui ponctuent son territoire. Les femmes et les hommes de la région ont souvent dû faire preuve d’opiniâtreté pour défendre leurs causes face aux ennemis ou aux envahisseurs.  

Rébellion de la Ligue catholique au château de Brancion, opposition des habitants de Belfort pendant le siège de 1870 ou résistance à Besançon face à l’Allemagne nazie, découvrez trois sites et trois moments historiques qui ont forgé la légende de la région !

Les guerres de Religion au château de Brancion : la résistance catholique - Bourgogne

Le logis de Beaufort du château de Brancion, datant du XIIe siècle ©Patrick

C’est dans un écrin de verdure du sud de la Bourgogne, entre Tournus et Cluny, que se dresse fièrement le château de Brancion, témoin de l’architecture militaire médiévale !

Si cette forteresse du Moyen Âge apparaît dans les écrits, dès le Xe siècle, ce n’est que deux siècles plus tard que la seigneurie de Brancion impose sa puissance dans la région. Elle est incarnée par le donjon de vingt mètres de haut qui donne à la forteresse une fière allure.

Les maîtres des lieux, de fougueux chevaliers avides de tournois et de batailles, entrent régulièrement en conflit avec les moines bénédictins de l’abbaye de Cluny. L’un d’eux, Josserand, meurt en 1250, en croisade. La famille, ruinée, est contrainte de vendre sa seigneurie au duc de Bourgogne, Hugues IV. Brancion devient une châtellenie du royaume de France.

 Château de Brancion ©Jean de l'Auxois

Armure et épée du comte Jean de Saulx-Tavannes, XVIe siècle, Musée des beaux arts de Dijon ©François de Dijon

Les guerres de Religion qui éclatent en France en 1562, vont bouleverser la seigneurie de Brancion et ses alentours. Les prêtres catholiques sont contraints de quitter les églises de Chalon-sur-Saône et de Mâcon. À Tournus, les moines bénédictins doivent fuir les Huguenots. Ces membres, pourchassés, du clergé, trouvent refuge au château de Brancion.

Jean de Saulx, qui a épousé en 1579, Catherine Chabot, héritière du château de Brancion, prend la tête de la résistance catholique au sein de la Sainte Ligue. Depuis la forteresse de Brancion et dans tout le sud de la Bourgogne, il mène la révolte avec les Ligueurs.

Le roi de France, Henri IV, protestant, couronné en 1589, n’est pas reconnu par la Ligue catholique qui tient une partie du royaume et refuse de déposer les armes. C’est le cas notamment en Bourgogne où les combats continuent. Sur ordre du colonel Alphonse d’Ornano, les armées royales prennent le village de Brancion le 21 juin 1594. Face au refus des catholiques de se rendre, l’armée royale assiège le château trois mois durant.

Malgré la résistance farouche opposée par les Ligueurs, le 7 octobre 1594, les armées du roi pénètrent dans le château de Brancion et dévastent les lieux.

La forteresse de Brancion, profondément marquée par ces combats fratricides, amorce un lent déclin jusqu’au XIXe siècle. Le château est sauvé de la ruine en 1860 par le comte Victor de Murard de Saint-Romain dont les descendants sont toujours propriétaires.

Visiter le château de Brancion

La Citadelle de Belfort et le siège de 1870 - Vosges du Sud

Symbole de l’architecture militaire, cette citadelle protège, depuis des siècles, la ville de Belfort, point de verrou entre les Vosges du Sud et les Montagnes du Jura !

La première mention de la forteresse remonte à l’année 1226. Implantée entre deux montagnes, elle est érigée sur une place naturelle stratégique, au cœur de la Trouée de Belfort, reliant les bassins du Rhin et du Rhône.

Après de premières modernisations, au XVIe siècle, des travaux colossaux débutent un siècle plus tard, pour transformer le vieux château médiéval en une vaste citadelle militaire. Le roi Louis XIV confie ce projet à Sébastien Le Prestre de Vauban, architecte militaire et ingénieur talentueux.

Véritable pentagone de pierre de 14 hectares, la citadelle est dotée de murailles enterrées dans le sol, de remparts massifs ainsi que de trois tours bastionnées. Vers 1820, le général Benoît Haxo, fait bâtir deux forts supplémentaires, permettant à cet ouvrage militaire d’accueillir 15 000 hommes. Belfort devient une ville de garnison.

 La citadelle de Belfort ©Patrice vogt

Portrait du colonel Denfert-Rochereau par Alexandre Monségur, 1876, huile sur toile, collection Musées de Belfort, ©Thomas Bresson

Lorsque la France déclare la guerre à la Prusse, en juillet 1870, les défaites s’enchaînent, dont celle de Sedan en septembre ; le territoire est envahi.
Le 3 novembre de la même année, les armées prussiennes encerclent la ville de Belfort. Refusant de se rendre, les Belfortains se préparent à résister aux attaques ennemies.

Le colonel français, Aristide Denfert-Rochereau, prend, à Belfort, la tête des opérations militaires. Depuis la citadelle, les soldats français tiennent bon, malgré le froid de l’hiver et l’épidémie de typhus et de variole. Sous les tirs de l’artillerie, les habitants viennent soigner les malades et leur apporter des provisions. Tout au long du siège, Denfert-Rochereau et ses hommes s’appuient sur les redoutables fortifications et le réseau gigantesque de souterrains de la citadelle. Ils parviennent ainsi à tenir à distance les ennemis plusieurs mois.

Si la France signe un armistice avec la Prusse le 28 janvier 1871, le siège de Belfort se poursuit jusqu’au 18 février. Les Belfortains défendent leur ville avec héroïsme jusqu’au bout. Après 103 jours de siège, les Prussiens parviennent à pénétrer dans la ville et dans la citadelle.

Malgré la défaite, le siège de Belfort est vécu par les Français comme une fierté, après l’humiliation de la capture de Napoléon III à Sedan et de l’armistice.Contrairement au reste de l’Alsace, le territoire de Belfort n’est finalement pas annexé par l’Allemagne, mais est nommé « Arrondissement subsistant du Haut-Rhin » avant de devenir un département français en 1922.


Souterrains de la citadelle de Belfort ©Thomas Bresson

Le Lion de Belfort par Auguste Bartholdi ©Patmill

Aux lendemains de la guerre, la ville de Belfort décide de faire élever un monument pour honorer les 1 600 morts du siège de la citadelle et commémorer cet épisode militaire. Le projet est confié, en 1872, au sculpteur Auguste Bartholdi. Avec du grès rose des Vosges, il érige, au pied de la citadelle, le Lion de Belfort (22 mètres de long et 11 mètres de haut). Si le fauve devait, à l’origine, regarder vers la frontière ennemie, il lui tourne finalement le dos dédaigneusement tout en tenant une flèche dans cette direction. Cette œuvre monumentale fait, aujourd’hui, la renommée de la cité !

Ce patrimoine militaire et son histoire passionnent encore aujourd’hui les visiteurs. En 2020, la citadelle est élue monument préféré des Français dans l’émission de télévision de France 3 animée par Stéphane Bern !

Au sein des fortifications, le Musée d’Histoire raconte, depuis 1968, le passé millénaire de la citadelle, à travers trois espaces différents. De la Préhistoire au siège de 1870, le musée expose une variété d’objets et d’œuvres emblématiques. Lors de votre visite, ne manquez pas de venir contempler le paysage à couper le souffle, depuis la terrasse supérieure du monument, sur le massif des Vosges !

Pour en savoir plus sur la citadelle de Belfort et ses richesses

Besançon, citadelle sanglante de la Seconde Guerre mondiale - Montagnes du Jura

Haut-lieu touristique de la région et symbole de la ville, la citadelle de Besançon est inscrite, depuis 2008, au patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO au titre des fortifications de Vauban. Elle figure aujourd’hui parmi les places-fortes les plus spectaculaires d’Europe !

Au milieu du XVIIe siècle, la colline de Saint-Étienne est choisie par les Français pour ériger une forteresse selon les plans du marquis de Vauban. Point stratégique, le site est protégé naturellement dans une boucle du Doubs. Les travaux sont titanesques et nécessitent des financements colossaux. On raconte que Louis XIV aurait demandé si la forteresse avait été construite en or ! Près de vingt ans de travaux sont nécessaires pour bâtir l’enceinte, le fort Griffon et les tours bastionnées.

Lieu de casernement et de formation pour officiers, la citadelle de Besançon sert ensuite de prison d’État. Au fil des siècles, on y enferme des déserteurs des armées de Louis XIV, puis de Louis XV, des royalistes opposés à la Révolution française, puis des prisonniers de guerre du Premier Empire.

Forteresse imprenable, la citadelle résiste face aux offensives autrichiennes de 1814 et prussiennes de 1871. Pendant la Première Guerre mondiale, l’édifice, situé en arrière du front, échappe aux bombardements.


Citadelle de Besançon ©Louis Giannotta BFC Tourisme

Dès le début de la Seconde Guerre mondiale, la région devient une zone occupée par l’Allemagne nazie. De 1940 à 1945, le territoire traverse des années douloureuses, marquées par la répression allemande, mais également par la résistance clandestine.

La région de Besançon est marquée par un certain nombre de figures de la Résistance. C’est le cas de Paul Koepfler, personnalité locale de la Résistance, abattu en 1943. Connu pour ses actions de passeur à proximité de Poligny, près de la ligne de démarcation, il est arrêté et fusillé. En apprenant la nouvelle, les habitants de Besançon sont scandalisés. Malgré l’interdiction, ils organisent des obsèques solennelles pour rendre un dernier hommage au courageux résistant.

Quelques mois plus tard, en février 1944, la ville de Besançon et ses alentours sont touchés par une vague d’arrestations. Ce sont 34 résistants qui sont alors capturés, déportés en Allemagne, puis interrogés et torturés. Parmi eux, Paul Baverel, engagé dans l’Armée secrète, est interpellé par la Feldgendarmerie sur son lieu de travail. Survivant, il fait, après-guerre, le récit détaillé des méthodes de tortures employées par les Allemands pour le faire parler. 

Tout au long de la guerre, la citadelle de Besançon est transformée en lieu d’exécution des résistants. Entre 1941 et 1944, 100 hommes sont fusillés entre ces murs par le tribunal militaire de la Feldkommandantur de Besançon. Pour leur rendre hommage, un monument des Fusillés a été érigé au cœur de la citadelle. Entre 1944 et 1945, 6 500 soldats allemands sont ensuite faits prisonniers au cœur du fort.

Pour perpétuer le souvenir de ces héros de la Seconde Guerre mondiale, le musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon a été fondé, il y a plus de cinquante ans. Labellisé Musée de France, il figure parmi les lieux les plus visités de Bourgogne-Franche-Comté.


Vue sur la citadelle de Besançon ©Christophe Roy BFC Tourisme

Le Musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon : lieu de mémoire

Vêtement de déporté, musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon ©JC Sexe

Le musée de la Résistance et de la Déportation voit le jour, en 1971, grâce à l’action de Denise Lorach, ancienne déportée, et de l’historien François Marcot. Les associations d’anciens résistants et déportés contribuent au projet et à la constitution des collections en rassemblant et faisant don de photographies, armes, objets, lettres… exposés dans le musée.

Fermé depuis 3 ans, le Musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon, entièrement réaménagé, a rouvert ses portes au public, le 8 septembre 2023, date symbolique qui est celle de la libération de la ville en 1944. Ses collections uniques et son nouvel espace, dédié aux expositions temporaires, en font un lieu de visite incontournable en Bourgogne-Franche-Comté.

Le musée présente désormais au public l’un de ses trésors : sa collection d’art en déportation, considérée comme l’une des plus riches d’Europe. Elle est constituée d’œuvres réalisées clandestinement par les déportés, en prisons ou en camps de concentration. Ce sont plus de 600 dessins, peintures et statuettes que l’on peut à présent découvrir au musée.

D’autres objets phares provenant de différents donateurs font la réputation du musée de Besançon : valise à faux papiers avec les tampons, cartes ou encore Ausweis, brassière et sandale d’un enfant déporté à Auschwitz, photographies de maquisards, appareil photographique miniature pour le renseignement ou encore une page du journal Le Franc-Tireur…

Au fil de la collection permanente, le visiteur suit le parcours de trois personnages : Jeanne Oudot, qui a rédigé un journal témoignant de la vie sous l’occupation, Germaine Tillion célèbre résistante, déportée à Ravensbrück, aujourd’hui panthéonisée et Henri Fertet, lycéen de 16 ans, fusillé à la citadelle en 1943, membre d’un groupe de résistants FTP appelé « Guy Mocquet » en l’honneur du jeune communiste exécuté en 1941.

Pour en savoir plus et partir sur les traces des Résistances au Bourgogne-Franche-Comté au Musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon


Collection d'art en déportation du musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon ©JC Sexe

 

 

Article réalisé en partenariat avec Bourgogne-Franche-Comté Tourisme

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