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08/01/2022
1484

Pleins feux sur le phare de Cordouan, le Versailles de la mer

Surnommé « roi des phares et phares des rois », le phare de Cordouan trône à l'embouchure de l'estuaire de la Gironde depuis 1584. Monument Historique classé à l’UNESCO, ce chef-d’œuvre de l’architecture royale et plus ancien phare de France encore en activité continue d’exercer sa fascination sur les visiteurs du monde entier. Pleins feux sur l’histoire du phare de Cordouan, le « Versailles de la mer ».

Un phare aux origines légendaires

De nombreuses légendes circulent autour des origines du nom « Cordouan ». Certains affirment que cet îlot aurait été nommé d’après la ville de Cordoue par des négociants espagnols venus s’approvisionner en vin de Bordeaux. D’autres, qu’il ferait référence à l’époque de Louis le Pieux, durant laquelle on sonnait le cor pour guider les marins au cours des tempêtes.

Quoi qu’il en soit, il est certain que l’embouchure de la Gironde où viennent s’enlacer la Garonne et la Dordogne à 7 km en mer, est connue pour être une zone d’extrême danger. Ce qui reste encore le plus grand estuaire d’Europe est parsemé de bancs de sable mouvant et sujet à de puissants courants de marée.

Une tour anglaise sur une île presque disparue

Plateau de Cordouan à marée basse © Aye R

Au Moyen Âge, c’est un véritable cimetière marin. Elle abrite alors l’île de Cordouan, aujourd’hui presque complètement ensevelie sous les eaux et uniquement visible à marée basse. Les archives attestent que dès 1088, des moines clunisiens viennent s’y retirer. Ils allument un feu et sonnent une cloche en cas de danger pour les marins.

Mais la première construction notable date de 1360. On la doit à Édouard de Woodstock, prince de Galles et prince d’Aquitaine et qui occupe alors la Guyenne. Surnommé le « Prince Noir », il y fait construire un phare primitif d’environ 16 mètres de haut pour guider les marins. Un ermite est chargé d’entretenir en permanence un feu de bois. C’est pourquoi, on parle de « Tour à feu », de « Tour aux Anglais » ou de « Tour du Prince Noir ». Cependant, avec le temps l’édifice se détériore et il faudra attendre le XVIe siècle pour que le phare prenne toutes ses lettres de noblesse.

Une œuvre majestueuse

Le phare de Cordouan

Sous l’impulsion d’Henri III en 1584 se décide un projet des plus ambitieux : remplacer la vieille tour à feu par une œuvre royale. Commande est passée à l’architecte-ingénieur Louis de Foix à qui l’on doit notamment le palais de l'Escurial de Madrid. Il y consacrera 18 ans de sa vie et presque l’intégralité de sa fortune. Il faut s’imaginer le défi que représente un chantier de cette envergure, en pleine mer et avec les moyens de l’époque ! Sans compter que les guerres de Religion qui sévissent alors vont considérablement ralentir les travaux.

Le projet est repris par Henri IV en 1594 dans une véritable recherche d’esthétique. Mais le but est aussi de représenter, dans toute sa majesté, la puissance royale. Le phare est orné de boiseries et sculptures et on y construit même une chapelle royale ainsi qu’une salle appelée « appartement du roi ».

C’est en 1611, 27 ans après le début des travaux que la construction s’achève. L’édifice consiste en six étages, avec notamment une tour ronde, haute de 37 mètres de haut et qui s’étend sur trois étages. On considère alors le phare de Cordouan comme la « 8e merveille du monde ».

Faire briller le siècle des Lumières

Malgré la prouesse technique réalisée, la nature va finir par reprendre ses droits. La pyramide et le dôme sont notamment détruits du fait d’une violente tempête qui frappe le phare en 1645.

En 1786, l’érosion naturelle laisse un bâtiment en mauvais état. Sa rénovation est donc confiée à l’architecte Joseph Teulère qui doit notamment améliorer la portée lumineuse du phare. Nouvelle prouesse puisqu’il est surélevé de 20 mètres grâce à l’ajout d’une colonne conique qui s’appuie sur l’ancien édifice. Un monumental escalier à vis permet aussi d’accéder à la lanterne.

Peu après va être testée l’une des innovations les plus révolutionnaires du XIXe siècle : les appareils lenticulaires d'Augustin Fresnel qui vont venir remplacer les miroirs utilisés dans l’éclairage des phares.

L’une des premières lentilles de Fresnel utilisées à Cordouan.

Un exploit technique et artistique, qui va permettre de continuer à faire briller le nom de Cordouan jusqu’à nos jours.


Le phare de Cordouan en quelques chiffres amusants :

- C’est le 3e plus haut phare de France et le plus ancien encore habité par des gardiens et en activité
- Plus de 200 ouvriers sur une base de 2000 pilotis ont été mobilisés pour sa construction
- Outre les ouvriers, les travaux initiaux ont mobilisé 6 bateaux, 27 marins, 7 chevaux
- Il faut gravir 301 marches pour arriver à son sommet
- Il est classé Monument Historique en 1862, aux côtés de Notre-Dame de Paris, sur la seconde liste de l'histoire des Monuments Historiques.

 


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